Quand ma photo a fait le tour du monde…

jeudi 15 décembre 2016

Le 25 février 2012 je réalisais cette image. Un compositing en studio. Et elle a fait le tour du monde.

Help The Syrian People

Pourquoi ? Parce qu’en 2011 un mouvement de contestation sociale a été réprimé dans le sang, faisant plus de 4000 morts. Près d’un an plus tard le chiffre est monté à 6000 morts…
Un sentiment d’indignation mêlé à celui d’impuissance m’a poussé à m’exprimer, à ma façon, certes, mais je crois qu’il n’y a pas de grand mouvement sans petits gestes.

Et très rapidement cette image a fait le tour du monde. On la retrouve sur des sites de tous genres. Sites de presse, d’un politicien américain, de combattants palestiniens, d’associations israéliennes, d’ONG, de propagande anti ou pro daesh, d’anti ou pro Assad, de théories du complot etc.
Sans parler des vidéos sur Youtube qui l’utilisent également.

Pourtant, cette petite brune de 5 ans au teint mat n’est autre que ma propre fille. Elle vit dans le pays fondateur des droits de l’Homme qu’est la France, elle va à l’école, s’intéresse aux sciences, à l’histoire et à l’art. La nuit elle dort profondément et lorsqu’un bruit d’avion brise le silence ce n’est rien d’autre pour elle qu’un avion de ligne atterrissant sur le tarmac de l’aéroport situé à 12 km de la maison.

Pourtant, depuis cette photo d’autres photos d’enfants on fait la une. Et pour eux, les moteurs d’avions ou d’hélicoptères sont synonymes de bombardements et de mort.

En Syrie c’est maintenant plus de 200 000 morts

Il y a eu Aylan Kurdi, ce petit syrien de 3 ans dont le corps sans vie a été retrouvé gisant sur une plage turque. (Par respect pour cet enfant, je ne mettrai pas la photo sur cette page.)
En moins de 12h la photo a fait le tour du monde et ce dernier s’est ému de cette situation. Puis, les selfies sur Facebook, SnapChat et Instagram ont repris et Aylan a été oublié.

Vient ensuite le tour d’Omran Daqneesh, 5 ans.
Omran Daqneesh

Il vit dans le quartier de Qaterji à Alep. Quand un obus, lancé par un avion russe ou du régime d’Assad pulvérise sa maison. Les secours le sortiront, lui et d’autre enfants, des décombres avant de l’installer à l’arrière d’une ambulance pour attendre les premier soins.
Si Omran ne pleure pas, ce n’est pas par courage. Il est en état de choc, son regard est vide… sidéré.

Et puis, il y a Bana Alabed. Une petite fille de 7 ans qui, avec l’aide de sa maman Fatemah, tweete son quotidien sous les bombardements d’Alep. Je les suis depuis un mois sur Twitter et j’avoue que sa situation m’inquiète profondément.
Récemment elle a tweeté ceci :

« Ce soir nous n’avons plus de maison, elle a été bombardée et je me suis retrouvée sous les décombres. J’ai vu des morts et j’ai failli mourir. »

Et il y a 24h, Fatemah nous a laissé ce message de désespoir :

« Cher monde, il y a un bombardement intense en ce moment. Pourquoi es-tu silencieux ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? La peur nous tue, moi et mes enfants. – Fatemah »

« Ce n’est pas parce que ça n’arrive pas chez nous, que ça n’arrivera jamais. »

« Ça arrive maintenant, ça arrive ici . »

Ne gâchons pas nos fêtes

Dans quelques jours ce sera Noël, nous nous réjouirons d’être en famille autour d’un repas et pour la très grande majorité d’entre nous, nous serons bien au chaud.
Pourtant, si nous fêtons Noël c’est parce qu’un jour, une famille à quelques centaines de kilomètres au sud de Alep n’a pas trouvé d’endroit pour se reposer d’un long voyage. Ce soir-là, un enfant y est né et plus tard il a dit « Aime ton prochain comme toi-même ! ».

Vous voulez vivre un Noël extraordinaire ? Débarrassez-vous de vos préjugés et ayez une pensée, une prière, une action, ou même un don dirigé vers une association ou une ONG en faveur des personnes pour qui les lumières de Noël ne sont qu’explosion et incendie. Et n’oubliez pas qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Alors ce sera Noël tous les jours sans faire, pour autant, de nous des naïfs.

— Mise à jour —

Bana et sa maman Fatemah ont été évacuées le lundi 19 décembre 2016. Puisse-t-elles prendre du repos et se reconstruire.


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